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État espagnol: Vers la grève générale

category ibérie | luttes en milieu de travail | déclaration de principes author Monday July 11, 2011 20:15author by CGT-CNT-SO Report this post to the editors

Les organisations syndicales CGT, CNT, CSC et SO se sont réunies le 24 juin dernier à Madrid pour évaluer les réponses que nous devons opposer, par un processus de lutte coordonnée basé sur l’unité d’action et de classe, face à l’attaque sans précédent que les travailleurs et les travailleuses subissent du fait de la politique de coupes sociales et de perte de droits impulsée par le gouvernement et les institutions européennes, à la demande du patronat et des marchés.

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Les différentes organisations syndicales participant à cette rencontre partagent le rejet frontal de politiques qui, avec les réformes du travail successives, les coupes dans le système des pensions, la réforme de la convention collective et les coupes sociales et dans les services publics, visent, une fois de plus, à ce que les travailleurs et les travailleuses, et les secteurs les plus fragiles de la société, payent la crise capitaliste.

Nous partageons également la nécessité de mettre en marche une réponse commune, qui au-delà des différences, avance vers l’unité des travailleurs et des travailleuses dans la mobilisation et la lutte, en comptant sur la participation de toutes les organisations syndicales, collectifs de travailleurs et mouvements sociaux opposés à la politique de pactes sociaux et de démobilisation promus par le syndicalisme institutionnel des CCOO et de l’UGT.

Nous pensons nécessaire de lutter en rupture avec un modèle syndical, qui durant les dernières 30 années, nous a conduit à des pertes successives de droits, et qui en ce moment actuel de crise aiguë du capitalisme, a démontré sa complicité et son manque de volonté et de capacité à donner une réponse aux attaques menées contre la classe travailleuse. Un modèle syndical qui a promu un syndicalisme institutionnalisé, dépendant de l’État, visant à empêcher la mobilisation et la participation réelle de la classe travailleuses à des organisations syndicales autonomes ayant des volontés de lutte.

La réforme de la Convention collective, qui est discutée au Parlement est, outre une nouvelle et grave réduction de droits, un tour de vis supplémentaire pour essayer de contrôler la conflictualité et la lutte sociale, en consolidant le bisyndicalisme institutionnel et son rôle de gestionnaire de la crise pour les intérêts capitalistes, en taillant encore plus dans la capacité d’action des autres organisations syndicales, et la liberté syndicale des travailleurs et travailleuses.

La réunion du 24 juin est le premier pas d’un processus qui dans les prochains mois impulsera la mobilisation à partir de revendications communes, débattues et assumées par les travailleurs et les travailleuses, avec comme horizon une Grève Générale avec capacité de faire face à l’offensive actuelle et avancer vers la conquête de nouveaux droits sociaux.

Les événements apparus à partir du 15M ont rompu avec le climat de passivité antérieur et nous placent dans un scénario de mobilisation, sans précédent depuis le début de la crise, qui doit maintenant être déplacée vers les lieux de travail, en mettant les revendications sociales et économiques des travailleurs et des travailleuses au centre du débat public, en apportant à ce mouvement les outils nécessaires pour la confrontation et la lutte sur le terrain économique et du travail, en ajoutant aux exigences socio-politiques l’action concrète contre le capitalisme.

La situation exige de nous une réponse proportionnellement égale en fermeté aux mesures que nous, travailleurs et travailleuses, subissons. Pour cela nous considérons nécessaire non seulement de continuer dans les luttes syndicales que nous menons, mais de faire un pas qui rompe définitivement avec ce modèle de syndicalisme institutionnalisé et de générer un précédent dans lequel nous, les syndicats de classe, puissions commencer à battre la mesure du temps, par l’action offensive pour atteindre nos objectifs.

Madrid, 24 juin 2011

Confederación General del Trabajo (CGT)
Confederación Nacional del Trabajo (CNT)
Solidaridad Obrera (SO)



(Note : la CSC a assisté à la réunion, mais pour l’instant n’a pas souscrit au document)

Traduction : XYZ pour OCLibertaire, reproduction vivement encouragée

author by OCLpublication date Wed Jul 13, 2011 06:24Report this post to the editors

Le 24 juin dernier, s’est tenue une réunion à Madrid entre 4 organisations, CNT, CGT, Solidaridad Obrera et la Coordination Syndicale de Classe (CSC).

Les trois premières organisations, qui se réclament de l’anarchosyndicalisme, ont signé une déclaration commune, la CSC ne l’ayant pas approuvé à ce jour.

Depuis plus de trois décennies (la scission CNT/CGT remonte à 1979), les relations entre les diverses organisations se réclamant de l’anarcho-syndicalisme espagnol sont marquées par des conflits (y compris sur le terrain juridique entre CGT et CNT) et de très gros désaccords politiques, d’orientation, de pratiques, de conception de l’action anarcho-syndicaliste dans l’entreprise et l’ensemble de la société. Conflits et oppositions d’autant plus âpres qu’ils se fondent sur des questions de légitimité (être chacune l’héritière exclusive de ce courant polico-syndical historique) et donc aussi d’identité. D’où des conflits où l’“autre” devient le pire ennemi, d’où des niveaux de polémique, de sectarisme rarement atteint et qui interdisait jusque là le moindre travail en commun, même ponctuellement, même le temps d’un rassemblement, d’une manifestation. Le 1er mai dernier encore, malgré les appels à l’unité lancés par SO [1], aucune manifestation commune n’avait pu être organisée à Madrid.

Les choses semblent donc commencer à bouger un tout petit peu. Depuis quelques mois, quelques appels communs ont surgi localement, notamment à Barcelone, mais là c’était avec une CNT dissidente de Catalogne (et pas l’officielle) et aussi une organisation syndicale liée à la gauche indépendantiste catalane, autour d’un appel à la grève générale. A Zaragosse des manifestations communes ont commencé à être appelées par la CGT, la CNT et d’autres organisations. Ailleurs des formes de coopération ponctuelle sont apparues. Bref, si dans certains endroits, ça bloque, dans d’autres cela semble devenir possible.

Cette dernière réunion de Madrid traduit une évolution directement liée à la situation de ces derniers mois marquée par la journée de grève générale sans lendemain du 29 septembre dernier, alibi d’une politique de pacte social de la part du syndicalisme majoritaire, et l’émergence du mouvement du 15M (dit des “indignés”) traversé par les questions sociales de toutes sortes et notamment par des appels à la grève générale, surtout depuis les manifestations du 19 juin. C’est bien ce mot d’ordre, cette perspective d’une auto-convocation et une dénonciation claire du syndicalisme de collaboration (qui dernièrement vient d’approuver la réforme des conventions collectives ouvrant la voie à plus de flexibilité et des baisses de salaires), qui se retrouvent dans le contenu de l’appel commun des trois organisations se réclamant de l’anarcho-syndicalisme.

Comme si finalement, ces organisations s’étaient rendues compte du ridicule qu’il y avait de participer chacune à ce mouvement du 15-M, mouvement hétérogène, contradictoire mais aussi “pluriel” (c’est-à-dire qui cherche de l’unité dans/avec/malgré la multiplicité ou différence), d’y défendre des positions finalement assez proches (grève générale, auto-organisation, lutte sociale et globale contre le capitalisme…) et ne pas être foutues de s’entendre sur un appel commun qui suppose quand même d’atteindre un niveau d’unité bien supérieure (dans grève générale, il y a “générale”…) que celui des seuls groupes et organisations constitués.

Ce n’est certes qu’un appel, comme il s’en écrit des dizaines chaque semaine… rien que dans l’État espagnol.
Mais il a une valeur symbolique et, au-delà de son contenu, il est le signe indéniable que les lignes commencent à bouger et accessoirement que les réalités sociales et politiques ne sont pas toujours sans incidence sur les certitudes les plus enracinées dans certains milieux militants. Bon signe !

 

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