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8. L'organisation spécifique anarchiste

category brésil/guyane/suriname/guinée française | mouvement anarchiste | déclaration de principes author Monday August 06, 2012 19:24author by FARJ - FARJ Report this post to the editors

Anarchisme social et organisation

Anarchisme social et organisation Traduction française

8. L'organisation spécifique anarchiste

Schéma Front
Schéma Front

L'organisation spécifique anarchiste

Si [les révolutionnaires] n'ont pas d'idée directrice pour leur action,
ils ne seront pas autre chose qu'un vaisseau sans boussole.
Ricardo Flores Magón
Une organisation anarchiste doit être fondée, à mon avis,
sur l'autonomie complète, sur l'indépendance complète,
et, par conséquent, sur la pleine responsabilité des individus et des groupes;
le libre accord entre ceux qui croient qu'il est utile de s'unir pour coopérer
avec un objectif commun, un devoir moral de respecter les engagements pris et de ne pas
faire tout ce qui contredit le programme accepté.
Errico Malatesta

L'Organisation anarchiste

Dans ce texte, nous avons parfois discuté de l'organisation spécifique anarchiste et de nos attentes par rapport à elle. Comme nous l'avons précédemment défini, son objectif est «de construire l'organisation populaire et l'influencer, lui donnant le caractère désiré, pour atteindre le socialisme libertaire par le biais de la révolution sociale". En outre, nous la considérons comme le plan politique de l'activité.
L'organisation spécifique anarchiste est le regroupement d'individus anarchistes qui, par leur propre volonté et libre-accord, travaillent ensemble avec des objectifs bien définis. Pour cela, elle utilise des formes et des moyens pour que ces objectifs soient atteints, ou qu'au moins, elle se dirige vers eux. Ainsi, nous pouvons considérer l'organisation anarchiste comme «[...] l'ensemble des individus qui ont un objectif commun et qui s'efforce d'y parvenir ; il est naturel qu'ils se comprennent mutuellement, unissent leurs forces, partagent le travail et prennent toutes les mesures adaptées à cette tâche »[110]. Grâce à l'organisation anarchiste les anarchistes s'articulent sur le plan politique et idéologique, dans le but de mettre en pratique la politique révolutionnaire et de mettre au point les moyens - la façon de travailler - qui devraient pointer vers les objectifs finaux: la révolution sociale et le socialisme libertaire. Cette pratique politique, qui vise les objectifs finaux, doit être effectuée
créant une organisation qui puisse remplir les tâches de l'anarchisme, non seulement en temps de préparation de la révolution sociale, mais aussi par la suite. Une telle organisation doit unir toutes les forces révolutionnaires de l'anarchisme et se préoccuper immédiatement de la préparation des masses pour la révolution sociale et de la lutte pour la réalisation de la société anarchiste. [111]
Cette organisation est fondée sur des accords mutuels, tant pour son fonctionnement interne que pour son action extérieure - sans avoir de relations de domination, d'exploitation ou d'aliénation en son sein - qui constituent une organisation libertaire. La fonction de l'organisation spécifique anarchiste est de coordonner, faire converger et augmenter de façon permanente la force sociale des activités militantes anarchistes, fournissant un outil de lutte solide et cohérent, ce qui est un moyen fondamental pour la poursuite des objectifs finaux. Par conséquent,
[...] Il est nécessaire de s'unir et de s'organiser : en premier lieu pour discuter, puis pour rassembler les moyens pour la révolution, et enfin, pour former un tout organique qui, armé de ses moyens et renforcé par son union peut, lorsque le moment historique a sonné, balayer toutes les aberrations et toutes les tyrannies du monde [...]. L'organisation est un moyen de se différencier, de détailler un programme d'idées et de méthodes établies, un modèle de banière unificatrice pour se lancer dans le combat en sachant ceux sur lesquels on peut compter et en ayant pris conscience de la force à sa disposition. [112]
Pour constituer cet outil de combat solide et cohérent, il est essentiel que l'organisation anarchiste aie des lignes stratégiques et tactiques, et politiques bien déterminées- ce qui se produit à travers l'unité théorique et idéologique, et l'unité de la stratégie et de la tactique. Cette organisation aux lignes bien définies regroupe les anarchistes au niveau politique et idéologique, et développe leur pratique politique au plan social – ce qui caractérise une organisation de minorité agissante, car le plan social est toujours beaucoup plus large que le plan politique. Cette pratique politique prend forme lorsque l'organisation anarchiste de la minorité agissante effectue un travail social au sein de la lutte des classes, à la recherche d'insertion sociale qui prend forme à partir du moment où l'organisation anarchiste parvient à influer sur les mouvements sociaux avec lesquels elle travaille. Dûment organisés comme une minorité agissante, les anarchistes constituent une force sociale beaucoup plus grande dans la réalisation du travail social et une plus grande chance d'avoir une insertion sociale. Outre la pratique et l'insertion sociales, l'organisation spécifique anarchiste exerce d'autres activités: la production et la reproduction de théorie, de propagande anarchiste, d'éducation politique, la conception et la mise en œuvre de la stratégie, les relations politiques et sociales et la gestion des ressources. On peut donc dire que les activités de l'organisation spécifique anarchiste sont les suivantes:
- Pratique et insertion sociales
- Production et reproduction de théorie
- Propagande anarchiste -
- Education politique
- Conception et mise en œuvre de la Stratégie
- Relations sociales et politiques
- Gestion des ressources
Ces activités peuvent être réalisées d'une manière plus ou moins publique, en tenant toujours compte du contexte social dans lequel elle [l'organisation] fonctionne. Nous disons plus ou moins public parce que nous croyons que «l'on devrait faire publiquement ce qu'il est convenu que tout le monde devrait savoir, et secrètement ce qu'il est convenu qu'il doit être caché» [113]. En période de moindre répression l'organisation anarchiste opère publiquement, exécute la plus grande propagande possible en essayant d'attirer le plus grand nombre de personnes. En période de répression accrue, si, "par exemple, un gouvernement nous interdit de parler, d'imprimer, de nous rencontrer, de nous associer, et que nous n'avons pas la force de nous rebeller ouvertement, nous essayerions de parler, d'imprimer, de rencontrer et de nous associer dans la clandestinité »[114].
Dans ce travail, qui varie selon le contexte social, l'organisation spécifique anarchiste doit toujours défendre les intérêts des classes exploitées, parce que nous la considérons comme une expression politique de ces intérêts. Pour nous, les idées de l'anarchisme
[...] Ne sont rien s'elles ne sont pas l'expression la plus pure et la plus fidèle des instincts populaires. Si elles ne correspondent pas à ces instincts elles sont fausses, et, dans la mesure où elles sont fausses, elles seront rejeté par le peuple. Mais si ces idées sont l'expression honnête de ces instincts, si elles représentent la vraie pensée du peuple, elles vont rapidement pénétrer l'esprit des multitudes se révoltant, et aussi longtemps que ces idées rencontrent le chemin de l'esprit populaire, elles progresseront rapidement vers leur pleine réalisation. [115]
L'organisation spécifique anarchiste, comprise comme une expression politique des intérêts des classes exploitées, n'agit pas en leur nom et ne se place pas au dessus d'eux. Elle ne remplace pas l'organisation des classes exploitées, mais donne une chance aux anarchistes de se mettre à leur service.
Dans cette pratique politique consistant à se mettre au service des classes exploitées l'organisation anarchiste est guidée par une Charte de Principes. Les principes sont les propositions éthiques et des notions, toutes deux non-négociables, qui guident toute pratique politique, en fournissant des modèles d'action anarchiste. "L'hypothèse de cohérence avec ces principes est ce qui détermine l'authenticité idéologique relative à l'anarchisme." [116] Dans notre cas, la Charte des Principes de 2003 [117] définit neuf principes: la liberté, l'éthique et des valeurs, le fédéralisme, l'autogestion, l'internationalisme, l'action directe, la lutte des classes, la pratique politique et l'insertion sociale et l'aide mutuelle.
En premier lieu, nous affirmons le principe de la liberté, affirmant que "la lutte pour la liberté précède l'anarchie." Comme la pensée de Bakounine, nous estimons que «la liberté individuelle [...] ne peut trouver son expression ultime que dans la liberté collective», et nous rejetons, par conséquent, les propositions de l'anarchisme individualiste. La poursuite du socialisme libertaire est donc la lutte incessante pour la liberté. Un autre principe tout à fait central pour nous est celle de l'éthique et des valeurs qui nous amènent à fonder l'ensemble de notre pratique sur l'éthique anarchiste, qui est un "engagement militant non-négociable ." Grâce à l'éthique, entre autres choses, nous préconisons la cohérence entre les moyens et les fins et le respect mutuel.
Nous affirmons le fédéralisme et l'autogestion en tant que principes d'organisation non-hiérarchiques et décentralisés, soutenus par une aide mutuelle et la libre association, en présupposant la prémisse de l'AIT selon laquelle tout le monde a des droits et des devoirs. Au-delà de cela, ce sont ces principes qui guideront la gestion de la société future à tous les niveaux: la gestion économique, politique et sociale, étant effectuée par les travailleurs eux-mêmes. Soulignant la nécessité pour les luttes d'être auto-gérées, nous affirmons que «même si elles prend corps dans le système obsolète actuel, [l'autogestion] donne du potentiel aux transformations qui pointent vers une société égalitaire."
En affirmant l'internationalisme, nous soulignons le caractère international des luttes et la nécessité pour nous de nous associer par affinités de classe et non par celles de la nationalité. Les exploités d'un pays doivent voir dans les exploités d'un autre des compagnons de lutte, et non des ennemis. L'internationalisme est opposé au nationalisme et à l'exaltation de l'État, car ils représentent un sentiment de supériorité sur les autres pays et les peuples, et renforcent l'ethnocentrisme et les préjugés - les premiers pas vers la xénophobie. Tout le monde, indépendamment de sa nationalité, est égal et doit être libre.
L'action directe est posée comme un principe fondé sur l'horizontalisme et encourage l'implication des travailleurs, en s'opposant à la démocratie représentative qui, comme nous l'avons déjà dit, aliène politiquement. L'action directe met les gens en face de leurs propres décisions et actions », reliant les travailleurs et les opprimés au centre de l'action politique."
En outre, nous avons choisi de nous baser sur la lutte des classes, nous définissant comme une organisation de travailleurs, des travailleurs qui défendent les exploités, et lutte pour l'extinction de la société de classe et pour la création d'une société dans laquelle les esclaves et les maîtres n'existent plus. Par conséquent, nous reconnaissons et nous donnons la priorité à la lutte des classes. Pour nous, il y a un besoin central de lutte contre les maux auquel le capitalisme conduit, et pour cela il est essentiel de combattre aux côtés des exploités, là où les conséquences de la société de classes deviennent plus claires et plus évidentes
Les principes de la pratique politique et de l'insertion sociale renforcent l'idée que c'est seulement avec les classes exploitées que l'anarchisme est en mesure de s'épanouir. Par conséquent, l'organisation anarchiste doit chercher à se rapprocher de toutes les formes de lutte populaire, indépendamment du lieu où elles peuvent avoir lieu. Nous affirmons que l'interaction de l'organisation anarchiste avec toute manifestation "dans la vie sociale, culturelle, paysanne, syndicale, étudiante, communautaire (de quartier), dans les camps de lutte autour de l'environnement, etc, tant qu'elle est insérée dans le contexte des luttes pour la liberté», correspond à la concrétisation de ce principe.
Comme dernier principe dans la Charte, l'aide mutuelle encourage la solidarité dans la lutte, en encourageant le maintien de relations fraternelles avec tous ceux qui travaillent vraiment pour un monde juste et égalitaire. Il encourage la solidarité effective entre les exploités.
Au moment où elle met en oeuvre une pratique sociale l'organisation spécifique anarchiste cherche à influencer les mouvements sociaux d'une manière constructive, avec des propositions et, en même temps, tenir loin d'eux l'influence négative des individus et des groupes qui - au lieu de défendre les intérêts du peuple, en les encourageant à être les protagonistes de leur propre émancipation - les utilisent pour atteindre d'autres objectifs. Nous savons que des politiciens, des partis, des syndicats et aussi d'autres organisations et individus autoritaires - comme l'église, les réseaux de trafic de drogue, etc.. - constituent des obstacles à la construction de l'organisation populaire, car ils pénètrent les mouvements sociaux, dans la grande majorité des cas, en cherchant à prendre avantage du nombre de personnes présentes là pour: trouver de l'aide aux élections, constituer une base pour des projets de pouvoir autoritaires, obtenir de l'argent, faire du prosélytisme, ouvrir de nouveaux marchés et ainsi de suite. Les organisations autoritaires et les individus autoritaires ne veulent pas soutenir les mouvements sociaux, mais les utiliser pour atteindre leurs (celle des organisations et des individus autoritaires») propres objectifs, qui ne sont pas compatibles avec les objectifs des militants des mouvements sociaux – c'est à dire, que les autoritaires cherchent à établir une relation de domination sur les mouvements sociaux.
Tout anarchiste qui a organisé ou même vu comment fonctionnaient les mouvements sociaux sait que, s'il n'y a pas une organisation cohérente, capable de donner la force nécessaire aux anarchistes dans le conflit en cours à propos de l'espace politique, les autoritaires deviennent hégémoniques et le travail des anarchistes est complètement perdu. Les anarchistes, en ne constituant pas la force sociale nécessaire, offrent deux possibilités: soit ils seront utilisés par les autoritaires comme main d'oeuvre (« petites mains ») dans l'accomplissement de leurs projets autoritaires, ou ils seront tout simplement supprimés Dans le premier cas on parle d'anarchistes qui ne sont pas spécifiquement organisés et se laissent porter par les événements. Quand ils ne sont pas organisés, ils n'exercent pas l'influence nécessaire pour avoir même un peu de force sociale. Bien qu'ils ne gênent pas beaucoup, ils sont admis dans les mouvements sociaux. Dans le second cas on parle d'anarchistes isolés qui commencent à exercer une certaine influence, ou, dans la compréhension autoritaire, ils commencent à géner. Dans ce cas, ils sont expulsés, chassés ou vilipendés. Ils se font littéralement «écraser» par les autoritaires. Sans l'organisation nécessaire, ils ne peuvent pas se maintenir dans les mouvements sociaux et peuvent beaucoup moins exercer l'influence souhaitée.
Cela arrive parce que quand il n'y a pas une bonne organisation des anarchistes, il est possible de constituer des organisations autoritaires, ou moins libertaire. En abordant le différend permanent s'exprimant dans l'espace politique, nous ne disons pas que les anarchistes doivent se battre pour le leadership, la supervision, ou n'importe quelle position de privilège dans les mouvements sociaux. Nous parlons, au contraire, de la lutte interne qui a lieu lorsque l'on veut inciter les mouvements sociaux à adopter des pratiques libertaires.
Nous croyons qu'il n'y a jamais un vide politique, nulle part. Par conséquent, à partir du moment où nous parvenons à faire prévaloir nos positions, cela signifie nécessairement une diminution de l'influence des autoritaires et vice-versa. Par exemple, en voyant que certains anarchistes se battent pour qu'un mouvement utilise l'action directe et la démocratie directe, les politiciens et les appareils de parti seront contre, et à moins qu'il y aie une organisation solide des anarchistes, l'insertion sociale et la capacité de se battre pour ces positions, les positions autoritaires ont plus de chances de prospérer. Quand nous serons bien organisés comme anarchistes, nous ne seront pas à la traîne des événements, mais parviendrons à marquer nos positions et exercer notre influence dans les mouvements sociaux, allant vers une vraie insertion. C'est à travers l'organisation spécifique anarchiste que nous parvenons à être bien organisé pour le travail que nous voulons accomplir dans les mouvements sociaux les plus divers .
L'organisation anarchiste doit être le prolongement de nos efforts et notre propagande, elle doit être le conseiller libertaire qui nous guide dans notre action de combat quotidienne. Nous pouvons nous baser sur son programme pour diffuser notre action dans d'autres champs, dans tous les organismes spéciaux de luttes particulières dans lesquelles nous pouvons pénétrer et mener notre activité et notre action: par exemple, dans les syndicats, les sociétés anti-militaristes, dans les groupements anti-religieux et anti-cléricaux, etc Notre organisation spéciale peut servir également comme une base pour la concentration anarchiste (non centralisée!), comme un champ d'accord, de compréhension et de solidarité la plus complète possible entre nous. Plus nous sommes unis, plus faible sera le risque que nous glissions dans l'incohérence, ou que nous nous détournions de notre élan pour la lutte vers des batailles et des escarmouches où d'autres qui ne sont pas du tout d'accord avec nous pourraient nous lier les mains [118]
Ainsi, l'organisation anarchiste, en plus d'être responsable de sa pratique politique dans des champs différents sert à augmenter la force sociale des anarchistes en leur sein. Parmi les diverses forces présentes dans ces espaces les anarchistes doivent se démarquer et faire fructifier leurs positions.
Cette pratique politique dans différents champs exige que l'organisation anarchiste se divise en fronts, qui sont les groupes internes qui mettent en oeuvre la pratique sociale. Généralement, les organisations qui travaillent avec cette méthodologie suggèrent que trois fronts de base soient développées: syndical, communautaire (lutte de quartier) et étudiant. Autrement, nous croyons que les fronts devraient être divisé, non pas en fonction de ces espaces pré-planifés de l'insertion, mais sur la base du travail pratique de l'organisation. De notre point de vue, cela ne devrait pas être une obligation de développer le travail dans ces trois fronts et, en outre, il peut y avoir d'autres espaces intéressants qui nécessitent des fronts dédiés.
Chaque organisation devrait chercher les espaces les plus propices au développement de sa pratique sociale, et à partir de cette nécessité pratique former ses fronts. Ainsi, si il y a du travail dans le secteur étudiant, il peut y avoir un front étudiant. Si il y a du travail syndical, il peut y avoir un front syndical. Toutefois, si d'autres travaux sont développés, par exemple, avec les mouvements paysans ou avec des mouvements urbains, etc, les fronts devraient suivre cette division. C'est à dire, au lieu d'avoir un seul front communautaire qui travaille avec les mouvements sociaux des populations rurales et urbaines, on peut un front de mouvements ruraux et un autre front de mouvements urbains. En ce sens, nous soutenons un modèle de fronts dynamiques qui représentent la division interne de l'organisation anarchiste spécifique pour la réalisation concrète de la pratique sociale de la meilleure façon possible.
Les fronts sont responsables, dans leur domaine de travail respectif, de la création et du développement des mouvements sociaux ainsi que de veiller à ce que les anarchistes occupent l'espace politique - espace qui est en affrontement permanent - et d'exercer une influence raisonnable sur ces mouvements.
Dans le cas de notre organisation nous avons engagé une pratique sociale divisée en deux fronts. Le «front communautaire», qui combine le travail de gestion de la Bibliothèque Fabio Luz sociale (Biblioteca Social Fábio Luz - BSFL), du Centre de culture sociale de Rio de Janeiro (Centro de Cultura Social - CCS-RJ) et de son travail communautaire, le Centre de recherche Marques da Costa(Núcleo de Pesquisa Marques da Costa - NPMC) le Cercle d'études libertaire Ideal Peres (Círculo de Estudos Libertarios Peres Idéal - CELIP). L'autre était le "front des occupations", qui a été impliqué dans des occupations urbaines et le Front internationaliste des sans-abri (Frente Internacionalista dos Sem-Teto - FIST). Suite à un changement de situation nous avons quitté le FIST, continuant à travailler avec les occupations et nous avons travailler à rassembler un peu les occupants, et beaucoup d'autres chômeurs au sein du Mouvement des travailleurs sans emploi (Movimento dos Trabalhadores Desempregados - MTD). Ce mouvement a pris une grande importance dans ce front. Dans cette perspective, le «front des occupations» a été rebaptisé «Front des mouvement sociaux urbains." De même, parce que nous l'avons jugé nécessaire, nous avons constitué un troisième front: le «Front agro-écologique" (l'anarchisme et la Nature) à partir de travaux pratiques dans les mouvements sociaux ruraux, de l'écologie et de l'agriculture, qui ont commencé à être développé par l'organisation. De cette façon, nous estimons que les fronts sont adaptés au contexte pratique du travail.

Nous illustrons comment cela fonctionne dans la pratique.

(Schéma front)

L'OSA étant l'organisation spécifique anarchiste (divisée en fronts A, B et C) et MS les mouvements sociaux, l'OSA est divisé intérieurement en les fronts qui agissent, chacun, dans un secteur déterminé ou MS. Dans ce cas, en supposant que l'OS fonctionne avec trois MS, ou avec trois secteurs MS, elle se divise pour la pratique en trois fronts. Le Front A travaille avec le MS A ou avec le secteur A d'un MS déterminé. Le Front B fonctionne avec le MS B ou avec le secteur B d'un MS déterminé, et ainsi de suite. Pour Donner des exemples concrets: l'OSA peut être divisé en un front syndicaliste (A), un front communautaire (B) et un front étudiant (C), et chacun d'eux agira dans un MS. Un Front A agira au sein du syndicat, un front B dans la communauté et C dans le mouvement étudiant. Dans notre cas, notre OSA est aujourd'hui divisée en trois fronts: les mouvements sociaux urbains (A), la communauté (B) et de l'agro-écologie (l'anarchisme et de la Nature) (C). Chacun de ces Front travaille dans un ou plusieurs mouvements sociaux. Un Front A dans le mouvement des sans-abri et dans le MTD, un Front B dans le mouvement communautaire et un Front C dans les mouvements ruraux de l'écologie et l'agriculture.
Outre cette division interne en fronts, qui fonctionne pour la pratique sociale, les organisations spécifiques anarchistes utilisent, tant pour leur fonctionnement interne qu'externe, la logique de ce que nous appelons «cercles concentriques» - fortement inspirés par le modèle d'organisation bakouniniste. La principale raison pour laquelle nous adoptons cette logique de fonctionnement est parce que, pour nous, l'organisation anarchiste doit préserver différentes instances d'action. Ces différentes instances devraient renforcer son travail tout en lui permettant en même temps de réunir des militants préparés avec un haut niveau d'engagement et des gens se rapprochant, sympathisant avec la théorie ou la pratique de l'organisation - qui pourraient être plus ou moins bien préparés et plus ou moins engagés . En bref, les cercles concentriques cherchent à résoudre un paradoxe important: l'organisation anarchiste doit être suffisament fermée pour avoir des militants préparés, fortement engagés et politiquement cohérents, et suffisamment ouverte pour y attirer de nouveaux militants.
Une grande partie des problèmes qui se produisent dans les organisations anarchistes sont causés par le fait qu'elles ne pas fonctionnent pas selon la logique de cercles concentriques et n'appliquent pas ces deux instances de l'action. Une personne qui dit qu'elle est anarchiste et est intéressée par le travail de l'organisation devrait elle être dans l'organisation, bien qu'elle ne connaisse pas la ligne politique en profondeur? Un laïque qui s'intéresse aux idées anarchistes devrait-il être dans l'organisation? Comment se relier aux "libertaires" - dans le sens le plus large du terme - qui ne se considèrent pas comme des anarchistes? Devraient-ils être dans l'organisation? Et les membres les plus âgés qui ont déjà accompli un travail important, mais veulent maintenant être proche, mais ne pas s'engager dans les activités permanentes de l'organisation? Et ceux qui ne peuvent que rarement consacrer du temps pour le militantisme? Il y a beaucoup de questions. D'autres problèmes se produisent parce qu'il y a des doutes quant à la mise en œuvre de la pratique sociale. L'organisation doit-elle se présenter comme une organisation anarchiste dans les mouvements sociaux? Dans sa pratique sociale peut-elle former des alliances avec d'autres individus, groupes et organisations qui ne sont pas anarchiste? Dans un tel cas, quels sont les points communs à préconiser? Comment peut-on mettre en oeuvre une pratique sociale dans un champ avec des gens de différentes idéologies et maintenir une identité anarchiste? Comment s'assure-t'on que l'anarchisme ne perd pas son identité lorsqu'il est en contact avec les mouvements sociaux? Sur ce point, il se pose aussi de nombreuses questions. Les cercles concentriques sont destinés à proposer une place précise à chacun des militants et sympathisants de l'organisation. En outre, ils cherchent à faciliter et renforcer la pratique sociale de l'organisation anarchiste, et enfin, établir un canal pour le recrutement de nouveaux militants.
Dans la pratique, la logique de cercles concentriques s'établi comme suit. A l'intérieur de l'organisation spécifique anarchiste, il y a seulement des anarchistes qui, à un degré plus ou moins grand, sont en mesure d'élaborer, de reproduire et d'appliquer la ligne politique de l'organisation en interne, dans les fronts et dans l'activité publique. En outre, à un degré plus ou moins important, les militants devraient être en mesure d'aider à l'élaboration de la ligne stratégique et tactique de l'organisation, ainsi que d'avoir la pleine capacité de les reproduire et de les appliquer. Les militants assument des fonctions internes de l'organisation - qu'elles soient exécutives, délibératives ou extraordinaire - ainsi que des fonctions externes en ce qui concerne la pratique sociale. Les fonctions assumées par les militants au sein de l'organisation relèvent de l'auto-gestion et du fédéralisme, ou de décisions horizontales où tous les militants ont le même droit de parole et de vote et où, dans des cas spécifiques, il y a délégation avec mandat impératif. Les fonctions à remplir par les délégués doivent être très bien définies de sorte qu'ils "ne peuvent pas agir au nom de l'association à moins que les membres de celle-ci les ont explicitement autorisé à [le faire], ils ne doivent exécuter que ce que les membres ont décidé et non pas dicter la voie à suivre à l'association "[119]. En outre, les fonctions devraient être mis en rotation afin de les rendre accessible à chacun et d'éviter la cristallisation de positions ou de fonctions.
L'organisation spécifique anarchiste pourrait avoir un seul cercle des militants, chacun d'entre eux étant dans la même instance, ou elle pourrait avoir plus d'un cercle - les critères étant définis collectivement. Par exemple, cela peut être le temps qu'une personne a passé dans l'organisation ou sa capacité à élaborer des lignes politiques stratégiques ou tactiques. Ainsi, les militants les plus récents ou ceux qui ont une moindre capacité d'élaboration des lignes peuvent être dans un cercle plus externe (lointain), et les militants les plus expérimentés avec une plus grande capacité pour l'élaboration des lignes dans un autre plus interne (plus). Il n'y a pas une hiérarchie entre les cercles, mais l'idée est que plus les militants sont "à l'intérieur", ou plus proches, plus ils sont mieux à même de formuler, de comprendre, reproduire et d'appliquer les lignes de l'organisation. Plus les militants sont à "intérieur" , plus grand sont leurs niveaux d'engagement et d'activité. Plus un militant propose à l'organisation, plus il lui en est exigé par elle. Ce sont les militants qui décident de leur niveau d'engagement et ils participent ou ne participent pas aux instances de délibération sur la base de ce choix. Ainsi, les militants décident comment ils veulent s'engager et plus ils s'engagent, plus ils vont décider. Le moins qu'ils s'engagent, moins ils vont décider.
Cela ne signifie pas que la position la plus engagée a plus de valeur que celle la moins engagée. Cela signifie qu'ils participent à différents organes de décision. Par exemple, ceux qui sont plus engagés participent avec voix délibérative au Congrès, qui définit les lignes politiques et stratégiques de l'organisation, les moins engagé ne participent pas aux Congrès, ou participent seulement en tant qu'observateurs, et participent aux assemblées mensuelles où les tactiques et les applications pratiques des lignes sont définies.
Ainsi, à l'intérieur de l'organisation spécifique anarchiste, on peut avoir un ou plusieurs cercles, qui devraient toujours être définies par le niveau d'engagement des militants. Dans le cas de plus d'un niveau cela doit être clair pour tout le monde, et les critères pour changer un niveau doivent être accessible à tous les militants. C'est, par conséquent, le militant qui choisit là ou il veut être.
Le cercle suivant, plus extérieur et éloigné de la base de l'organisation anarchiste, ne fait plus partie de l'organisation, mais a une importance fondamentale : le niveau des sympathisant. Cet organisme, ou instance, cherche à regrouper toutes les personnes qui ont des affinités idéologiques avec l'organisation anarchiste. Les sympathisants sont chargés d'aider l'organisation dans son travail pratique, tel que la publication de brochures, de périodiques ou de livres; la diffusion de matériel de propagande, en aidant dans le travail de production de théorie ou d'analyse contextuelle; dans l'organisation des activités concrètes pour la pratique sociale : les activités communautaires, l'aide dans le travail de formation, les activités logistiques, l'aide à l'organisation du travail, etc... Cette instance de soutien est l'endroit où les gens qui ont des affinités avec l'organisation anarchiste et son travail en contact avec d'autres militants, sont en mesure d'approfondir leur connaissance de la ligne politique de l'organisation, mieux connaître ses activités et d'approfondir leur vision de l'anarchisme, etc... Par conséquent, la catégorie de sympathisant a un rôle important pour aider l'organisation anarchiste à mettre en pratique ses activités, chercher à atirer les plus intéressés à elle. Ce rapprochement a pour objectif qu'à l'avenir certains de ces sympathisants deviennent des militants de l'organisation. L'organisation spécifique anarchiste attire le plus grand nombre possible de sympathisant-e-s et, à travers des travaux concrets, identifie ceux qui sont intéressés à se joindre à l'organisation et qui ont un profil approprié à l'adhésion. La proposition pour l'entrée dans l'organisation peut être faite par les militants de l'organisation pour le candidat et vice-versa. Bien que chaque militant choisit son niveau d'engagement envers l'organisation et où il veut être, l'objectif de l'organisation anarchiste est toujours d'avoir le plus grand nombre de militants dans les milieux les plus internes, avec un plus haut niveau de l'engagement.
Donnons un exemple concret: Supposons que l'organisation a délibéré de travailler en interne avec deux niveaux d'engagement, soit deux cercles. Lorsque les militants sont nouveaux, ils entrent au niveau de «militant» et, quand ils ont été là six mois et sont préparés et des militants engagés, ils vont de l'avant au niveau de «militant à part entière". Supposons que cette organisation a également décidé d'avoir un niveau de sympathisant. L'objectif de l'organisation sera d'avoir le plus grand nombre possible de sympathisant, sur la base de l'affinité de chacun avec l'organisation, de les transférer au niveau de la militance et, au bout de six mois - une fois préparé s- au niveau de la militance à part entière.

Nous illustrons comment cela peut fonctionner dans la pratique.

(Schéma Flux de militants)

S étant le niveau des sympathisants, M des militants et de MAP des militants à part entière, l'objectif est le débit indiqué par la flèche rouge - pour aller de S à M et de M à la MAP. Ceux qui sont intéressés peuvent suivre ce flux, et ceux qui ne le sont pas peuvent rester là où ils se sentent mieux. Par exemple, si une personne veut donner un soutien sporadique, et pas plus que cela, elle peut vouloir toujours rester à S. La question ici est que la volonté de travailler de toutes les personnes devrait être utilisée par l'organisation. Tout simplement parce que ce n'est pas parce qu'une personne a peu de temps, ou parce qu'elle préfère aider de temps en temps qu'elle devrait rester à l'écart. Dans une organisation spécifique anarchiste, il doit y avoir de la place pour tous ceux qui souhaitent contribuer.
"Les réalisations concrètes sont les critères de sélection qui ne se trompent jamais. L'aptitude et l'efficacité des militants est, fondamentalement, mesurée par l'enthousiasme et l'application avec laquelle ils accomplissent leurs tâches". [120]

La logique de cercles concentriques exige que chaque militant et l'organisation elle-même aient des droits et des devoirs bien définis pour chaque niveau d'engagement. Cela parce qu'il n'est pas juste pour quelqu'un de prendre des décisions au sujet de quelque chose qu'il ne le concernera pas. Un sympathisant qui fréquente les activités une fois par mois et verse des cotisations sporadiques, par exemple, ne peut pas se prononcer sur des règles ou des activités qui doivent être respectées ou réalisées quotidiennement, car il déciderait alors beaucoup plus pour les autres militants que pour lui-même.

C'est une pratique très courante dans les groupes libertaires que les gens qui font des contributions sporadiques se prononcent sur des questions qui finissent par être pris en charge ou effectués par les membres permanents. Il est très facile pour un militant qui apparaît de temps à autre de vouloir définir la ligne politique de l'organisation, par exemple, car il n'est pas celui qui aura à suivre cette ligne la plupart du temps.

Ce sont des formes disproportionnées de prise de décision dans lequel les uns finissent par décider quelque chose que d'autres mettront en pratique. Dans le modèle de cercles concentriques nous cherchons un système de droits et de devoirs dans lequel tout le monde prend des décisions au sujet de ce qu'ils pourraient et devraient les engager à la suite. De cette façon, il est normal pour les sympathisants de décider seulement sur ce dans quoi ils seront impliqués. De la même manière, il est normal pour les militants de l'organisation de se prononcer sur ce qu'ils vont réaliser. Ainsi nous prenons des décisions et leurs engagements proportionnellement, ce qui implique que l'organisation a des critères clairs pour l'adhésion, en définissant clairement qui y prend ou et n'y prend pas part, et à quel niveau d'engagement les militants sont.
Un critère important pour l'adhésion, c'est que tous les militants qui entrent à l'organisation doivent être en accord avec sa ligne politique. Pour cela l'organisation anarchiste doit avoir le matériel théorique qui exprime cette ligne - en moins approfondis pour ceux qui ne sont pas encore membres de l'organisation et de manière plus approfondie pour ceux qui le sont. Quand quelqu'un est intéressé par le travail de l'organisation anarchiste, montrant de l'intérêt dans le rapprochement, on devrait faire de cette personne un sympathisant et lui donner les orientations nécessaires. En tant que sympathisant, connaissant la ligne politique de manière plus approfondie et ayant une affinité avec les travaux pratiques de l'organisation, la personne peut montrer de l'intérêt à se joindre à l'organisation ou l'organisation peut manifester son intérêt que le sympathisant deveniene un militant. Dans les deux cas, le sympathisant doit recevoir des conseils permanents de l'organisation anarchiste, lui donnant la matière théorique qui permettra d'approfondir sa ligne politique. Un ou plusieurs militants qui connaissent bien cette ligne discuteront des doutes, débattront et apporteront des éclaircissements. Ayant obtenu l'accord du sympathisant avec la ligne politique de l'organisation, et avec l'accord des deux parties, le militant est intégré dans l'organisation. Il est important que dans la période initiale chaque militant nouveau soit accompagné par un autre plus ancien, qui l'orientera et le formera au travail militant. En tout état de cause, l'organisation anarchiste doit toujours se préoccuper de la formation et de l'orientation des sympathisants et des militants de telle sorte que cela puisse leur permettre de modifier leur niveau d'engagement, si ils le désirent.

Cette même logique de cercles concentriques fonctionne au sein de la pratique sociale. Grâce à elle l'organisation anarchiste est articulée pour réaliser la pratique sociale de la manière la plus appropriée et efficace. Comme nous l'avons vu, l'organisation anarchiste est divisée intérieurement en fronts pour l'exécution de travaux pratiques. Pour cela, il y a des organisations qui préfèrent établir des relations directes avec les mouvements sociaux, et il y a d'autres qui préfèrent se présenter à travers une organisation sociale intermédiaire, que nous pourrions appeler un groupement de tendance.
    La participation dans le groupement de tendance implique l'acceptation d'un ensemble de positions qui peuvent être partagées par des camarades de diverses origines idéologiques, mais qui partagent certaines oppositions indispensables (aux réformistes, par exemple) si l'on souhaite obtenir un niveau minimum de cohérence opérationnelle réelle. (...) Les groupements de tendance, sont coordonnés les uns avec les autres et sont enracinés dans les secteurs les plus combatifs de la population (...)et sont un niveau plus élevé que celui-ci [le niveau des masses]. [121]
Le groupement de la tendance se place entre les mouvements sociaux et l'organisation anarchiste spécifique, réunissant des militants d'idéologies distinctes qui ont une affinité par rapport à certaines questions pratiques.

Comme nous l'avons souligné, il existe des organisations anarchistes qui préfèrent se présenter directement dans les mouvements sociaux, sans la nécessité de groupes de tendance, et d'autres préférant se présenter par le biais de ces derniers. Dans les deux cas il ya des points positifs et négatifs et chaque organisation doit déterminer la meilleure façon d'agir. Comme les points de vue que nous défendons dans les mouvements sociaux sont beaucoup plus pratiques que théorique, il peut être intéressant de travailler avec un groupe de tendance, intégrant des gens qui sont d'accord avec tout ou partie des positions que nous défendons dans les mouvements sociaux (la force, la lutte des classes, l'autonomie, la combativité, l'action directe, la démocratie directe et la perspective révolutionnaire) et qui nous aident à augmenter la force sociale dans la défense de ces positions.

De la même manière que dans le schéma ci-dessus, l'idée est que l'organisation anarchiste spécifique vise l'insertion dans ce niveau intermédiaire (groupement de tendance) et se présente, à travers elle, conduisant ses travaux dans les mouvements sociaux à la recherche d'insertion sociale.

Encore une fois, nous illustrons comment cela fonctionne dans la pratique.

(Schéma Flux d'influence)

L'OSA étant l'organisation spécifique anarchiste, GT le groupement de tendance GT et MS le mouvement social, il ya deux flux.

Le premier- celui de l'influence de l'OSA- cherche à passer par le GT et de là aller vers le MS. Penchons-nous sur quelques exemples concrets. L'organisation anarchiste qui veut agir dans un syndicat peut former un groupement de tendance avec d'autres militants du mouvement syndical qui défendent des positions spécifiques (perspective révolutionnaire, action directe, etc) et par le moyen de cette tendance peut influer sur le mouvement syndical, ou le syndicat, dans lequel il agit. Ou l'organisation anarchiste peut choisir de travailler avec le mouvement des paysans sans terre et, pour cela, rassemble les gens qui défendent des positions similaires (autonomie, démocratie directe, etc) dans le mouvement social ainsi que dans un groupement de la tendance. Par le biais de ce groupement de tendance l'organisation spécifique anarchiste agit au sein du mouvement des paysans sans terre et, de cette manière, cherche à l'influencer.

Cette forme d'organisation vise à résoudre un problème très commun que l'on trouve dans le militantisme. Par exemple, quand on connait des militants très dévoués; des révolutionnaires qui prônent l'auto-gestion, l'autonomie, de démocratie, de la démocratie directe, etc et avec qui nous n'agissons pas parce qu'ils ne sont pas anarchistes. Ces militants pourraient travailler avec les anarchistes dans des groupements de tendance et défendre leurs positions dans les mouvements sociaux ensemble.

La deuxième flèche dans le diagramme montre l'objectif du flux de militants. C'est à dire, dans ce plan de travail le but est d'amener les gens qui dans les mouvements sociaux ont une affinité avec les pratiques anarchistes dans les groupements de tendance et, à partir de là, rapprocher de l'organisation anarchiste ceux qui ont une affinité idéologique. De la même manière que dans le schéma précédent, si un militant a une grande affinité avec les pratiques anarchistes, mais n'est pas un anarchiste, il doit être un membre du groupement de tendance et sera indispensable à la mise en oeuvre de la pratique sociale. Si il a des affinités idéologiques, il peut se rapprocher ou même adhérer à l'organisation.

L'objectif de l'organisation anarchiste n'est pas de transformer tous les militants en anarchistes, mais d'apprendre à travailler avec chacun de ces militants de la manière la plus appropriée. Tout en ayant des intérêts mutuels des militants peuvent changer leurs positions dans les cercles (du mouvement social au regroupement de tendance ou du groupement de tendance à l'organisation anarchiste). Sans ces intérêts mutuels, cependant, chacun agit là où il pense que c'est le plus pertinent.

Le processus de prise de décision utilisé dans l'organisation anarchiste est une tentative de consensus, en utilisant le vote, lorsque le consensus n'est pas possible. Contrairement à certains groupes et organisations libertaires nous croyons que le consensus ne devrait pas être obligatoire. Comme nous l'avons mentionné plus haut, outre que le consensus est une forme très inefficace de la prise de décision, il devient irréalisable plus le nombre de personnes impliquées dans les décisions augmente. Il offre le grave problème de donner un grand pouvoir à des agents isolés. Dans une organisation de 20 militants, un seul pourrait bloquer le consensus, même si 19 étaient en faveur d'une position et un de l'autre ; on devrait alors trouver un «juste milieu» qui tiendrait compte, d'une manière très disproportionnée, du seul dissident. Pour donner l'efficacité adéquate au processus de prise de décision et de ne pas donner trop de pouvoir aux agents isolés, nous avons choisi ce modèle d'une tentative de consensus, et lorsque cela n'est pas possible, du vote. "Si c'était au sein même de l'organisation que le désaccord était survenu, que la division entre majorité et minorité étaient apparus autour des questions mineures, sur des modalités pratiques ou sur des cas particuliers [...], alors il peut se produire plus ou moins facilement que la minorité soit enclin à faire, comme la majorité. " [122] Dans le cas du vote tous les militants de l'organisation, même ceux qui sont mis en minorité, ont l'obligation de suivre la position majoritaire. Ce processus décisionnel est utilisé pour établir l'unité théorique et idéologique, mais aussi pour l'unité stratégique et tactique. Nous reviendrons sur ces derniers plus tard. À ce stade, il suffit de souligner que pour la lutte que nous voulons poursuivre, nous devons mettre un terme à la dispersion et la désorganisation et "la façon de surmonter cela est de créer une organisation qui [... repose] sur la base de positions théoriques et tactiques spécifiques, et qui nous conduise à une solide compréhension de la façon dont ceux-ci devraient être appliquées dans la pratique "[123].

Il est important d'ajouter, aussi, que les militants doivent utiliser le bon sens au moment des décisions par vote. Ils doivent observer avec attention les positions des militants qui sont les plus directement concernés par les questions qui sont votées, car ces positions sont plus importantes que celles de ceux qui sont moins directement concernées, même si ils ont le même poids dans le vote. Lorsque le vote se produit, il peut être facile pour les militants qui ne sont pas impliqués par le sujet de voter afin de déterminer ce que les autres auront à faire. Une telle situation demande de la prudence et le cas dans lequel tous les membres qui effectueront ce qui a été délibéré ont été mis en minorité dans le vote, et sont tenus d'appliquer ce qui a été décidé par d'autres, doit être évité.

Toujours en relation avec des décisions, au moment auquel elles sont prises "il doit y avoir beaucoup d'espace pour toutes les discussions et tous les points de vue doivent être analysés avec soin» [124]. Après délibération, les «responsabilités [sont divisés], les membres étant officiellement responsables de leur exécution», car «l'organisation ne fait rien par elle-même." Et "toutes les activités sur lesquelles on a délibéré et qui sont de la responsabilité de l'organisation, devront, d'une manière ou d'une autre, être mises en oeuvre par ses membres» et, pour cette mise en oeuvre, il y a la nécessité de «répartir les activités entre les militants, toujours à la recherche d'un modèle qui distribue bien ces activités et évite la concentration des tâches sur les membres les plus actifs ou capables ". "A partir du moment où un militant assume une ou plusieurs tâches pour l'organisation, il a l'obligation de les exécuter et une grande responsabilité envers le groupe [...]. C'est la relation d'engagement que le militant assume avec l'organisation ".

En outre, nous croyons qu'il est pertinent de réaffirmer, une fois de plus, que «l'auto-discipline est le moteur de l'organisation autogérée» et cela s'applique également à l'organisation spécifique anarchiste. Ainsi, "Quiconque assume une responsabilité doit avoir suffisamment de discipline pour l'exécuter. De même, lorsque l'organisation détermine une ligne à suivre ou quelque chose à accomplir, il y a une discipline individuelle qui permettra à ce qui est collectivement décidé de se réaliser." Nous notons :

    « nous demandons également la discipline, parce que, sans comprendre, sans coordonner les efforts de chacun pour une action commune et simultanée, la victoire n'est pas physiquement possible. Mais la discipline ne devrait pas être une discipline servile, un dévouement aveugle aux dirigeants, une obéissance à celui qui dit toujours de ne pas interférer. La discipline révolutionnaire est compatible avec les idées acceptées, la fidélité aux engagements pris, c'est se sentir obligé de partager le travail et les risques avec des camarades de lutte. [125]
"Nous croyons que pour que notre lutte porte ses fruits prometteurs, il est fondamental que chacun des militants de l'organisation aie un degré élevé d'engagement, de responsabilité et d'auto-discipline." [126] «C'est la volonté et l'engagement militant qui vont nous permettre d'aller, jour après jour, vers le développement des activités de l'organisation de telle manière que que nous puissions surmonter les obstacles et ouvrir la voie à nos objectifs à long terme." [127] Enfin, nous devrions savoir que «la responsabilité et la discipline organisationnelle ne devraient pas nous faire horreur: ils sont des compagnons de voyage de la pratique de l'anarchisme social» [128].

Cette position introduit une relation de co-responsabilité entre les militants et l'organisation, celle-ci signifiant que l'organisation anarchiste "sera responsable de l'activité révolutionnaire et politique de chaque membre, de la même façon que chaque membre sera responsable de la politique révolutionnaire et l'activité "[129] de l'organisation anarchiste.

Notes:

110. Errico Malatesta. "Organisation II." Dans: Ecrits Revolucionários, p. 55.
111. Nestor Makhno. «Notre organisation». Dans: L'anarchie et l'Organisation. Saint-Paul, lutte libertaire, s / d, p. 31.
112. Luigi Fabbri. "Un Anarquista Organização". Dans: anarcho-Communismo Italiano, pages 107, 110-111.
113. Errico Malatesta. "La propagande La Anarquista." Extrait de Pensiero e Voluntà, 19 Janvier, 1925. Dans: Vernon Richards. Op. p. 171.
114. Ibid. p. 172.
115. Bakounine. "Mobilização faire Proletariado." Dans: Conceito de Liberdade, p. 134.
116. Farj. "Carta de principios."
117. Ibid. Les guillemets dans les sept prochains paragraphes font référence à ce document.
118. Luigi Fabbri. "Un Anarquista Organização". Dans: anarcho-Communismo Italiano, p. 116.
119. Ibid. p. 124.
120. Juan Mechoso. Acción Directa Anarquista: una historia de FAU. Montevideo: Recortes, s / d, p. 199. Les guillemets du livre Mechoso se référent aux documents de la Fédération Anarchiste Uruguayenne (FAU).
121. Ibid. pp 190, 192.
122. Luigi Fabbri. "Un Anarquista Organização". Dans: anarcho-Communismo Italiano, p. 121.
123. Dielo Trouda. "El Problème de la Organización y Síntesis la notionnel».
124. Farj. «Réflexions sur l'engagement ...». Les citations non identifiés dans ce paragraphe et le suivant se réfèrent à cet article.
125. Errico Malatesta. «Action et de la discipline." Dans: anarchistes, socialistes et communistes, P. 24.
126. Farj. "Réflexions sur l'engagement ...»
127. Ibid.
128. Nestor Makhno. "Sur la discipline révolutionnaire." Dans: Organisation et l'anarchie, p. 34.
129. Dielo Trouda. "Plate-forme organisationnelle de l'Union générale des anarchistes."


Sommaire

0. Préface du Traducteur

1. Introduction

2. L'anarchisme social, la lutte des classes et les relations Centre-Périphérie

3. L'anarchisme au Brésil: la perte et la tentative de récupération du vecteur social

4. La société de domination et d'exploitation: le capitalisme et l'Etat

5. Les objectifs finaux: la révolution sociale et socialisme libertaire

6. L’organisation et la force sociale

7. Les mouvements sociaux et l'organisation populaire

8. L'organisation spécifique anarchiste

9. L'organisation spécifique anarchiste: la pratique et l'insertion sociale

10. L'organisation spécifique anarchiste: production et reproduction de la théorie

11. L'organisation spécifique anarchiste: la propagande anarchiste

12. L'organisation spécifique anarchiste spécifique: formation politique, relations et gestion des ressources

13. L'organisation spécifique anarchiste: rapports entre L'organisation spécifique anarchiste et les mouvements sociaux

14. L'organisation Spécifique Anarchiste: La nécessité de la stratégie, de la tactique et du programme

15. L'Especifismo: L'organisation anarchiste, perspectives et influences historiques

16. Notes et conclusion

Schéma Flux de Militants
Schéma Flux de Militants

Schéma flux influence
Schéma flux influence

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Issue #3 of the Newsletter of the Tokologo African Anarchist Collective

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Wed 01 Oct, 18:31

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