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Le mouvement contre la réforme des retraites en France

category france / belgique / luxembourg | luttes en milieu de travail | article de fond author Sunday November 07, 2010 03:43author by Cuervo - Alternative libertaire Report this post to the editors

L’étincelle va-t-elle prendre ?

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Alternative libertaire : Anticapitalisme & Autogestion

La bataille contre la réforme des pensions a commencé il y a 6 mois, a atteint son point culminant durant les deux derniers mois et, d'après le gouvernement, est en train de s'essouffler.

Nous ne voulons toujours pas de cette réforme. La lutte n'est pas terminée mais entre dans une nouvelle phase. La phase difficile.

[English] [Castellano]

Autres textes d'AL sur le sujet :

(texte écris en anglais, pour une audience internationale, le 26 octobre)

La France ente dans son deuxième mois de lutte contre la réforme de son système de retraite.
Le gouvernement veut le démanteler pour évoluer progressivement vers un système par capitalisation, ou par points, pour évidemment ouvrir ce marché au privé. Pour ce faire, le gouvernement français a décidé qu’une réforme du système devait amener l’âge de depart à la retraite de 60 à 62 ans, la disponibilité entière de la pension étant amenée, elle, à 65 ans, puis, dans les prochaines années à 67.
Le principal argument justifiant cette réforme tourne autour de la question du financement de la forme actuelle des retraites, surtout si on considère que le système présente un trou béant de 32 milliards d’euros.
Ce que le gouvernement oublie de dire, c’est que la dette du fonds de retraite n’est en réalité que de 2M€, les 30 autres milliards étant le résultat de la crise de 2008, artificiellement entassés sur les fonds de la retraite.
La vraie question, habilement évitée par Sarkozy (mais tout autant par la gauche) est : de quelle société voulons-nous ? Souhaitons-nous nous occuper des gens après qu’ils aient passé leur vie à s’échiner au travail ? Ou souhaitons-nous remettre ces vies entre les mains des spéculateurs qui sauront la transformer en argent sonnant et trébuchant ? La réponse est assez évidente semble-t-il.

Les directions syndicales, et dans une bien timide proportion, les partis d’opposition français (socialistes), veulent discuter cette réforme et l’amender sévèrement pour qu’elle prenne en compte les spécificités sectorielles, les risques psycho-sociaux, la pénibilité, l’espérance de vie…Mais les travailleurs de leur côté, de plus en plus radicalisés au cours du mouvement, réclamaient très largement le retrait pur et simple de la réforme. En d’autres termes, la réforme est injuste, brutale, et les passages en force « à-la-Sarkozy » pour obtenir que la loi soit passée sont féroces et à peine légaux (intimidation du Sénat et de l’Assemblée entre autres).

Tandis que le rideau se lève sur ces acteurs, la toile de fond donne une teinte bien particulière à la scène: racisme d’Etat contre les quartiers, les Rroms, les sans-papiers ; une brutalité policière quotidienne ; un nombre de scandales entremêlant les affaires, l’obtention de marchés, des membres du gouvernement dont le ministre en charge de la réforme des retraites (Eric Woerth). Plus largement : le pays a de très, très nombreuses raisons de se plaindre. Et tandis que le mouvement monte en pression, tous ces griefs ressortent.

Alors bien sûr les choses sont un peu plus compliquées.
De fait, il y a un véritable gouffre entre ce que les travailleurs entendent obtenir du mouvement et la manière dont les syndicats sont prêts à les suivre sur ce chemin.
Lentement mais sûrement, le syndicalisme français est passé d’une position d’instrument de lutte des classes, profondément imprégné de la conscience que c’était de son rôle de participer à la transformation de la société, à une position réformiste, même de la part de syndicats aussi politisés que la CGT.
Cette évolution a commencé il y a quelques vingt ans et explique en partie la forme d’action particulière que les patrons de centrales ont définies depuis que le mouvement a commencé à la mi-septembre (il y a eu des manœuvres bien sûr avant la trêve des vacances d’été en juin et juillet).
La CGT, CFDT, FO et SUD ont organisé la dynamique du mouvement sur la base de « journées d’action ». La stratégie consiste en des jours isolés de manifestations, censés montrer au gouvernement de quel bois on se chauffe.

La première de ces journées d’action – le 7 septembre – a mis pas loin de 2 million de personnes dans les rues.
La suivante, qui eut lieu le 23 septembre, ce sont 2,7 million de personnes qui ont manifesté, et, le 2 octobre, 3 millions de personnes défilaient dans les rues, suivis du même nombre, sensiblement, le 21 octobre suivant.

La stratégie a porté fruit en partie. Largement réprimées par la police, les premières manifestations (plus de 1000 arrestations dès le 23 septembre) s’en sont au contraire trouvées renforcées. Chaque action a non seulement vu plus de monde, mais aussi de nouveaux participants venus du privé, des personnes qui n’étaient jamais descendu dans les rues.
En octobre, le mouvement social était massivement rejoint par les lycéens, mais solidement étayé par les syndicalistes du secteur pétrolier bloquant les 12 raffineries stratégiques du pays. Cette stratégie (le bloquage des raffineries et la création d’une pénurie significative d’essence) est réellement l’un des piliers principaux de la dynamique à ce jour. Elle représente aussi l’un des rares aspects vraiment solides dans un paysage autrement plutôt mou. L’élan doit être relancé par d’autres secteurs si le mouvement veut durer et prendre l’avantage sur le gouvernement et les bureaux fédéraux des syndicats.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Le mouvement a été dur, souvent violent, et Sarkozy n’a pas hésité à jouer les gros bras, se frayant un passage en force jusqu’au parlement : obtenant illicitement que l’Assemblée vote le texte et menaçant le Sénat de même manière, utilisant toutes les ficelles pour gagner du temps sur la grève (tandis que nous écrivons ces lignes –le 26 octobre – nous sommes dans l’attente du dernier vote, le gouvernement ayant prévenu que « ça ne sera pas la même chose de protester une fois que la réforme aura été votée ». C’est parfaitement exact, et nous ferons en sorte que ce ne soit pas la même paire de manches en effet.

Mais, comme nous le disions plus haut, les choses ne sont pas si simples. Car les centrales syndicales pensent qu’elles peuvent encore gagner quelque chose – ou perdre moins – en retenant leurs troupes et les empêchant d’aller à la grève générale. D’où la tactique des journées uniques, sporadiques, manière de lâcher de la vapeur et de garder le contrôle.

Sur cette scène, c’est la CFDT, naturellement réformiste, qui joue le rôle du maillon faible. La CGT joue celui du pistolero, non sans bravade et pointage du doigt, mais dont l’inconfort devient plus visible de jour en jour à la vue dont les grévistes occupent les piquets : avec entêtement, créativité, énorme dévouement et foi. Heureusement Sarkozy a fermé la porte aux négociations. Et c’est ce qui met la CFDT principalement, et la CGT dans une certaine mesure, en délicatesse, les forçant à emboîter le pas à leur base.

Au milieu de tout ça, Alternative libertaire a été sur tous les fronts, luttant à la manière dont nous luttons habituellement, horizontalement, de l’intérieur des syndicats vers l’extérieur, dans les piquets et nous exprimant dans les AG pour donner aux choses un pli libertaire, entre autres, en appelant à l’autogestion des grèves locales, d’aller au-delà des structures syndicales habituelles. Ce que nous voulons pousser, globalement, c’est la radicalisation et la politisation du mouvement au moyen de son élargissement à un plus grand nombre de gens, le mot clé est : massification. De manière tout aussi importante nous appelons à faire converger toutes les luttes structurelles du mouvement social pour qu’elles rejoignent le mouvement anti-réforme, et qu’elles forment une protestation unique, un élan unique contre la politique gouvernementale.

Deux choses sont en jeu : la première est évidemment la nécessité de sortir victorieux en l’emportant sur la politique sociale désastreuse de l’Etat. Car si la loi venait à passer sous sa forme et dans ses dispositions actuelles, elle ouvrirait la porte à la prochaine manœuvre de Sarkozy : cibler le système de protection sociale tout entier. Ayant obtenu la capitulation sur la question des retraites, il semblerait normal à tout le monde qu’il continue de réformer la sécurité sociale dans les mêmes termes.

Le deuxième enjeu est la manière dont les conséquences de la lutte actuelle seront mises à profit. Qui est encore debout parmi les acteurs syndicalistes, les membres du PS, et comment le jeu aura-t-il été conduit?

On aura vu les deux principales centrales syndicales françaises assises sur le couvercle de la contestation, pour empêcher qu’elle ne devienne trop …révolutionnaire, trop forte, qu’elle n’exige trop du gouvernement.
Pour le parti socialiste (même bande de clampins soc-dem que les Travaillistes britanniques) qui aura franchement attendu le dernier moment pour rejoindre le mouvement, leur crédibilité, même pour la moyenne peu politisée des français, est bien faible. Qu’ils aient tant renâclé à s’exprimer est finalement, largement suspect. Nous savons bien quoi ne pas attendre de ceux-là. Nous savons bien aussi qu’ils s’accordent sur tous les fondamentaux de la politique ultralibérale de Sarkozy. Au moment de faire comptes, leur posture sera sans doute analysée comme le facteur le plus déterminant ayant conduit Sarkozy à occuper un second mandat.

Pour celui-ci, la victoire signifierait :
Que les troupes conservatrices, aujourd’hui en plein désarroi, retrouveront à s’ordonner en bon ordre de bataille ; que les socialistes auront été divisés et rendus inoffensifs ; que la voie d’un démantèlement complet du système social français sera désormais ouverte, et que les droits sociaux, les droits du travail pourront être détricotés et remis au secteur privé… ;

Pour nous communistes libertaires, la manière d’aborder les choses est de persévérer dans l’effort d’unification des syndicats lutte des classes. Si on considère que les bureaux centraux des confédérations sont le point faible du mouvement, il nous faut trouver les moyens de peser sur les décisions dès que nous sommes en position d’influence, au niveau de la section locale, à l’échelle régionale, en entreprise… il nous faut être présents sur le terrain, dans les piquets de grève, parce que c’est là que l’étincelle va prendre.
Il nous faut ancrer le mouvement dans les entreprises, les industries, davantage qu’il ne l’est aujourd’hui. Il nous faut intensifier le mouvement. Dit simplement : nous avons le soutien, massif, du pays, et une détestation tout aussi massive à l’encontre du gouvernement. Nous sommes réellement suivi par les gens, les travailleurs-euses, par millions. Mais à l’évidence, il nous faut plus que cela pour que le système vacille, pour que Sarkozy et ses alliés objectifs, les socialistes & Cie soient ébranlés durablement. Il nous faut une grève générale, massive, avec le secteur privé pour la flanquer et une lame de fond qui monte, du bas vers le haut !

Cuervo - Alternative libertaire

1. Confédération générale du Travail : le syndicat français le plus ancien
2. La CGT est le plus ancien et le plus influent des syndicats français ; doté auparavant d'une orientation lutte de classes, sa direction confédérale est maintenant clairement réformiste, même si ce n'est pas forcément le cas à la base.
CFDT : syndicat originellement chrétien-démocrate, très réformiste et plaidant pour le compromis avec l'Etat à chaque fois qu'il le peut.
FO : scission de la CGT, il tend à être plus proche des instances réformistes, mais a pu récemment montrer des postures plus radicales, notamment durant le présent mouvement.
SUD, le plus récent des syndicats de tous les structures syndicales, il a été créé par des travailleurs syndiqués à la CFDT et à la CGT dans le but de conserver l'orientation de lutte de classes que leurs organisations d'origine trahissaient.

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