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LA GENERATION SACRIFIÉE

category amérique centrale / caraïbes | la gauche | presse non anarchiste author Friday August 05, 2011 02:02author by Sandra Beauvil Report this post to the editors

Je suis la génération sacrifiée des années quatre-vingts, ayant pris naissance après 1970 et vécu la chute des Duvalier, le défilé des gouvernements provisoires, jusqu’à l’aboutissement des dix ans lavalassiens.

Depuis ma naissance, je n’ai connu que le renvoi des écoles avant l’heure, l’assassinat des enfants à la sortie des écoles, l’arrestation des hommes et des femmes pour avoir osé partager leurs points de vue, le vol dans les institutions de l’Etat, la multiplication des délinquants à travers la distribution élargie et cautionnée de la drogue autour de moi, et j’en passe.

Je revois encore la détresse et la terreur se peindre tous les jours sur le visage de mes parents toujours par monts et par vaux pour tenter de se mettre à couvert et protéger leurs progénitures.

Je suis la génération sacrifiée qui a vu ses amis d’enfance s’en aller vers des horizons lointains pour ne plus revenir, des couples se défaire dans l’espoir de trouver un mieux-être au-delà des mers, des parents remettant la destinée de leurs enfants entre les mains d’étrangers pour aller vers un monde inconnu qui, souvent, engloutit la famille et ses rêves. J’ai vu couler les larmes, j’ai rencontré le désespoir, j’ai salué au cours de route la trahison et j’ai fait connaissance avec l’espoir. La mort s’est affligée à mes pieds, aux portes de ma maison, et la tristesse ne s’est pas fait prier pour détrôner dans mon coeur l’innocence et la joie qu’apportent les nourrissons à leur naissance.

Vingt-cinq ans plus tard, qu’est-il advenu de moi Le "kouri" était devenu mon lot quotidien, et la terreur des hommes armés, quels que soient leur attachement et leurs convictions, m’était servi à froid tous les jours, au petit déjeuner, au dîner et au souper. J’avais pour références les expériences de cette génération père qui m’a transmis ses connaissances en politique, en gestion et "une" manière de penser et d’agir. Je suis cette génération dont la formation a été baclée depuis les classes primaires jusqu’à l’université. Je suis cette génération bafouée, battue, mutilée, humiliée et corrompue qui se bat aujourd’hui pour prendre les rennes de son pays et défendre "ses intérêts". Je suis cette génération qu’on salue avec déférence, et qu’on accueille partout, dans les plus grands salons à cause de sa nouvelle situation financière, douteuse, soit-elle. "Le vol est salué et récompensé…"

Vingt-cinq ans plus tard, je demande que justice soit faite; parce qu’après avoir connu l’enfer, j’aspire à découvrir le paradis. Mais où sont passées les lois? Où sont passés les élus? Sont-ils à même de me juger?

Combien peuvent encore parler d’intégrité? Combien vivent encore dans ce pays? Combien peuvent encore se dire "nationalistes? Je suis tous les jours transpercée par les flèches de l’intellectuel et du quidam qui confirment l’absence d’hommes dans ce pays. Mais où sont-ils tous passés? S’il y a émigration, il y a également naissance et évolution de générations. N’y a t-il réellement plus d’hommes et de femmes dans ce pays pour penser, analyser et poser une problématique? Si la réponse est non tel que nous prenons plaisir à l’affirmer, alors je propose que nous fermions les portes à double tour et que nous fassions disparaître les clés. Si la réponse est oui, alors qui sont les responsables et qui sont les leaders? Dans un club tous les membres sont concernés par la pérennité de celui-ci. Dans le cas de mon pays qui sont les concernés?

On m’a appris à remettre ma destinée entre les mains d’inconnus et d’attendre… Et voilà qu’après vingt-cinq ans j’attends encore… J’attends qui et quoi? J’ai déjà vécu la moitié de mon existence sur cette terre, et je ne
sais toujours pas où je vais… Je vois tous les jours émerger des leaders qui ne se sont jamais tournés vers moi pour me demander si j’avais un besoin, un idéal ou une vision. Pourtant ils parlent régulièrement en mon nom. Toutes les fois où malgré tout, j’ai tenté d’avoir une référence politique, morale ou sociale, elle s’est écroulée à mes pieds comme un château de cartes qui n’est construit sur aucune base et dont l’intérieur est vide.

Une nouvelle génération qui n’a que les mots "zenglendo et chimères" à la bouche se prépare à prendre la relève. Une génération née dans le chaos, les luttes pour le pouvoir, le "ôte-toi que je m’y mette", les assassinats, les tueries, les viols d’enfants, les kidnappings devenus un phénomène social, et une fois de plus j’en passe, parce que la liste est longue. Qu’aura t-elle à offrir dans un siècle ou deux? Qui s’est soucié de son éducation? Quels sont ses termes de références?

Un enfant torturé et battu aujourd’hui devient un psychopate demain; un enfant aujourd’hui, circulant arme au point, occupera quelles fonctions au sein de la société de demain: éducateur, ministre, commerçant ? D’où émergent les maniaques d’une société? Quel type de société et quel plan de société avons-nous en tête?

Je ne rencontre plus dans les rues les amis d’enfance, les camarades de classe et d’université. Le bruit court qu’il faut abandonner le navire. Mais bien avant de nous jeter à l’eau avons-nous pris le soin de vérifier de qui
venait le signal et d’identifier le capitaine?

Je suis cette génération offerte en cobaye aux aînés, et comme modèle aux générations futures. Quel sera donc le type de société qui en ressortira, et qui seront les leaders de demain? Ce fruit amer et flétri, issu de cet arbre forcé de grandir dans des conditions difficiles, pourra t-il être avalé et digéré? Je garde en moi l’espoir que les générations après moi n’auront plus à grandir dans les ténèbres, que l’éducation familliale et l’éducation scolaire sur lesquelles se construisent une société seront bientôt prises en charge par de vrais leaders, qui élèveront leur voix pour dire: " médiocres et irresponsables, le pacte est rompu!"

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